Auges 101

Article écrit originalement par Michel Picard, alias Roi de Francs.

Adapté du texte original par Majella Larochelle et révisé par Marjolaine Larivière, ML en Mots.

Jardin fantastique de Michel situé sur la rive sud de Montréal

Notre petite présentation d’aujourd’hui portera sur la construction d’une auge formelle…

Pour les petits nouveaux, je rappelle qu’il est indispensable de lire et de bien maîtriser la leçon sur la production d’hypertuf.

Comme son nom l’indique, les auges formelles ont une conformation non naturelle.

La forme est, le plus souvent géométrique, cubique, rectangulaire, polygonale, et ainsi de suite. On doit clairement comprendre au vu de l’objet qu’il a été œuvré.

Cependant, le matériau en lui-même peut tout à fait être d’origine naturel ou artificiel.

Le coffrage :
Selon la disponibilité, on peut utiliser divers matériaux pour réaliser un coffrage.

Si l’on souhaite réaliser un seul article ou plusieurs on pourra investir davantage pour le moule. Ainsi, il n’est pas réaliste de construire un moule de métal si l’on souhaite produire une pièce unique…

Le moule présenté ici est constitué de contre-plaqué de trois-quarts de pouce sois 20mm. Les vis sont d’acier inoxydable. Préférez ces dernières, aux vis de n’importe quel autre type.

Elles coûtent plus cher à l’achat, mais dureront plus longtemps que le coffrage lui-même.

Règle du pouce :
Pour des questions pratiques certaines valeurs doivent être imposées, par exemple les parois devront avoir une épaisseur moyenne de 10% de la plus grande dimension.

Une auge de 20 pouces par 24 pouces sur 18 de haut voit donc sa paroi portée à 2,4 pouces. On s’entend aussi pour dire que la paroi intérieure d’une auge est en pente. Je recommande une inclinaison de ½ pouce sur la hauteur totale ou ½ pouce au pied.

L’auge de notre exemple aurait un fond de deux pouces plus petits que son ouverture.

Soit 14X18 au fond et 16X20 en haut.

Cela permettra un démoulage plus aisé.

Comme l’extérieur est parfaitement rectangulaire, les parois auront donc 3 pouces d’épaisseur à la base et 2 pouces au sommet. Soit, comme nous l’avons déjà dit une moyenne de 2 pouces et un demi.
On peut construire avec des parois plus minces, soit à 5% de la plus grande mesure, mais en ce cas on doit impérativement armer le matériel et il n’est plus question de pratiquer des ouvertures dans les parois, ni de profiler les surfaces.

La durabilité de l’ouvrage sera aussi considérablement réduite et les risques de bris au démoulage seront plus importants.

Pour le fond de l’auge, le coffrage devra être prévu pour un minimum de 2 pouces s’il est en béton et trois pouces, s’il est en hypertuf. Il devra au surplus comporter un orifice de drainage du même diamètre que l’épaisseur du matériel. Selon la conception, de la pièce on le placera au centre ou au point le plus bas.

Précisons tout de suite un point important : l’eau stagnante, en gelant, détruira n’importe quelle auge, aussi solide soit-elle.

Les cinq pièces du moule intérieur sont assemblées à l’aide de pentures ou de cornières métalliques les vis devront être en acier inoxydable à moins que ce soit une pièce unique.

On arrondira les angles extérieurs du moule intérieur pour permettre un désassemblage plus facile.

Une fois les 5 pièces du centre assemblées on les fixe au fond du moule. Il peut être utile d’utiliser des cales intérieures plutôt que des vis, le montage en sera facilité.

Reste plus qu’à installer les panneaux latéraux…
Certaines personnes utilisent un agent pour libérer les coffrages, produits spécialisés, huiles etc. C’est inutile pour de si petits ouvrages.

Si vous regardez votre coffrage vous remarquerez qu’il est sens dessus dessous…
Vous ne vous êtes pas trompés, c’est normal, le dessous est effectivement au- dessus.
C’est plus facile pour le coulage.

Pour donner plus de caractère à votre auge, vous pourrez créer des inclusions de styrène.

Une fois que l’auge aura complété son mûrissement, on les enlève, cela produit des ouvertures et des fissures du plus bel effet.

Surtout il ne faut pas oublier le trou de drainage. Içi, une pièce de styromousse est vissée au fond, malgré la présence de fissures importante dans les côtés. On ne plaisante pas avec le gel.

Il ne reste plus qu’à verser l’hypertuf dans les moules et de bien le compacter avec un outil. Si vous utilisez les mains, portez des gants ! Le ciment est plutôt corrosif…
Pour des questions d’économie, on peut terminer le fond avec du béton ordinaire. Il est aussi à épaisseur égale plus résistant que l’hypertuf.

Démoulage :
Généralement, l’hypertuf est suffisamment solide pour être manipulé dans les 24 heures suivant le coulage. Attendre plus longtemps, surtout si la température extérieure dépasse les 20 degrés, vous occasionnera des problèmes certains.

La surface deviendra trop dure pour être coupée, grattée, lavée ou subir un traitement mécanique quelconque.

Traitement des surfaces : 

Il existe de nombreux traitements possibles pour l’hypertuf. Commencez déjà par un découpage au burin ou au ciseau à pierre, dans le but d’arrondir les angles externes. Un grattage des surfaces minimal pour faire disparaître le ciment lisse et mettre en valeur le grain de la pierre est conseillé. Découpez, creusez, meulez…faites des expériences. Si vous ratez, souvenez- vous qu’on a toujours un ami, un parent ou un voisin qui seront bien fiers d’avoir votre ratage unique…hé hé

Creusez généreusement les parties de l’auge près des insertions de styrène, créant des biseaux plus naturels et suivez le sens des desseins colorés pour augmenter les contrastes.

Ces quelques images vous seront sûrement de quelque secours…

Finalisation :

Après une semaine, vous pouvez enlever le reste du coffrage, la partie interne n’a plus aucune utilité. Si vous avez fait usage d’armature plastique, passez les surfaces à la flamme pour faire fondre les brindilles qui dépassent et qui nuisent à l’apparence du chef d’œuvre…

Normalement, il est déconseillé de planter immédiatement une auge.

En effet, les hydroxydes d’aluminium libérés pendant le processus de mûrissement rendent la surface de l’hypertuf phytotoxique au contact.
En tout cas pour une bonne soixantaine de jours.

Il existe cependant des méthodes pour pallier cet inconvénient et que nous aborderons dans la prochaine leçon…

Variations de couleurs sur une auge de forme carré.

On utilise de polystyrène expansé pour créer des vides dans l’auge. 

C’est souvent une occasion pour récupérer des découpes qui autrement seraient perdues. Une fois enlevée on peut aussi élargir les ouvertures ou marteler les surfaces pour un aspect plus naturel.

Différents procédés peuvent être utilisés pour la finir, Ici un jet d’eau sert à enlever une pellicule en surface.

On peut également mettre du sable au fond du coffrage pour produire un rebord inégal, plus naturel.

On garde le coffrage intérieur tant que des travaux de surfaces sont en cours. Ainsi on minimise le risque de voir l’auge se briser. Généralement les traitements aux surfaces externes se font en dedans de 24 ou 48 heures. Il est préférable de conserver le moule interne un peu plus longtemps, surtout si on doit déplacer une auge très lourde.

et voilà 

Plantes alpines pour auge

(extrait provenant d’un article écrit par l’auteur en mai 1995, voir notes bibliographiques)
Utilisées depuis des décennies, les auges permettent de créer de véritables paysages qui changent au fil des saisons.


Androsace chamaejasme
HAUT : 5-10 cm

La première auge nous viendrait d’Écosse. Une femme, pensant vaincre ainsi l’alcoolisme de son époux, aurait planté des joubarbes dans un petit tonneau à bière. Par la suite, les Anglais ont remarqué que certaines plantes, qui demandaient des conditions spécifiques mais peu de soins, poussaient mieux dans de gros contenants. Ils ont alors utilisé les mangeoires et auges à eau des animaux pour réaliser des milieux de culture spécifiques. Après avoir récupéré tous les vieux bains et éviers, ces contenants se faisant rares, ils ont développé l’« hypertuf ». Ce mélange de ciment et de matériaux naturels (tourbe et gravier) a été mis au point à la suite d’observations sur les besoins des plantes alpines faites lors d’excursions dans les Alpes. La plupart des Androsaces se plaisent dans une auge en hypertuf :



Androsace sarmentosa

HAUT : 10-20 cm
COULEUR : blanc à rose; en ombelle, juin-juillet
LUMIÈRE : mi-ombre, soleil le matin; prend le plein soleil en zone : 3-9
SOL : léger, bien drainé, pauvre, alcalin, frais ou mésique (sol ni humide ni trop sec)
USAGES : couvre-sol, banc de sable, rocaille, fissures, tuf, muret, auge, fleur comestible (attention, cette espèce est tellement robuste qu’elle peut servir de couvre-sol ou de substitut de pelouse)


Androsace sarmentosa var. sherriffii


HAUT : 4-10 cm
Certaines plantes s’habillent pour l’hiver; elles perdent leurs feuilles d’été pour se recroqueviller en un bouton laineux.


Où placer une auge?


Premièrement comme point focal dans votre aménagement.
Celle-ci doit être placée dans une situation éclairée et aérée. Tout endroit pavé, comme un patio, des marches ou une roche, convient très bien. Pour en faire un élément décoratif ou un point focal, l’auge doit être posée sur des briques ou sur une roche. Il est important qu’elle ne se fonde pas avec le pavé. La surélévation évite de boucher les trous de drainage et facilite l’aération. Il ne faut pas placer une auge sous un arbre ou sous le rebord d’un toit qui dégoutte.


Fabriquer ou acheter une auge?

Il est toujours possible de fabriquer une auge, mais c’est un procédé laborieux qui peut prendre jusqu’à quatre mois. Avant d’entreprendre cette aventure, il vous est suggéré de pratiquer la culture des plantes alpines. L’expérience que vous en tirerez vous guidera sur la composition, la texture et la structure des composantes d’une auge. De nombreux modèles et dimensions d’auges sont commercialisés à partir de 25$. Attention, il ne faut pas remplacer ce type de contenant par un matériau synthétique : les plantes en souffriraient. Une auge bien faite peu durer plus de vingt ans.

Le mélange de sol

Le milieu de croissance qui convient à la plupart des plantes alpines doit être le plus pauvre possible. Il est préparé à l’avance en mélangeant :

Le milieu de croissance qui convient à la plupart des plantes alpines doit être le plus pauvre possible. Il est préparé à l’avance en mélangeant :

  • 2 parties de gravillon lavé (0,3 à 0,6 cm);
  • 1 partie de sable grossier (0,5 mm);
  • 1 partie de sol à compostage

      
   L’auge est ensuite remplie de la façon suivante :

1.     Couvrez le trou de drainage avec un grillage ou des pots cassés.

2.     Ajoutez le gravier grossier jusqu’à un quart du volume de l’auge.

3.     Couvrez d’humus grossier sur une épaisseur de 2 à 3 cm pour empêcher que le mélange de sol plus fin ne coule à travers le gravier.

4.     Tout en plaçant vos plantes et les éléments décoratifs, ajoutez le mélange qui doit être compacté au fur et à mesure.

5.     Réservez 2 à 3 cm pour placer une couche de finition en dessous du feuillage et tout spécialement autour de la couronne de la plante.

La couverture de finition doit être réalisée avec un matériau minéral très aéré comme le gravillon lavé, la roche volcanique, l’argile cuite, etc. Une telle préparation permet de cultiver des plantes dans un milieu naturel tout en réduisant le besoin en désherbage et en conservant l’eau.


Mélange de sol et conditions de croissance

Le mélange de sol standard, fait de 75% de gravier et 25% de compost (ou de tourde de sphaigne), est le plus utilisé.

Il est facile d’y cultiver les plantes alpines habituellement commercialisées. Premières à être installées, elles sont de culture facile et vivront longtemps en auge. Des plantes qui s’adaptent à un sol graveleux pauvre, souvent sec, et en plein soleil comme la campanule à feuilles de bouleaux (Campanula betulifolia) ou le silène acaule (Silene acaulis) poussent dans ce mélange standard. Plantés entre des roches décoratives, les léwisias (Lewisia cotyledon) aimeront ces conditions de fissures sèches.

Campanula betulifolia

HAUT : 15-20 cm
COULEUR : blanc avec teintes roses, juillet-août
LUMIÈRE : au soleil en zone : 3-7
SOL : argileux, granuleux, drainé ou terre de jardin
USAGES : rocaille, couronne de muret, auge, muret, jardin alpin, fissure dallage, attire les papillons, pétales comestibles


Silene acaulis

HAUT : 1-4 cm
COULEUR : rose, juillet-août
LUMIÈRE : au soleil ou ombre légère en après-midi en zone : 3-9
SOL : drainé, frais et/ou humifère
USAGES : pelouse alpine, éboulis, lande alpine, talus, rocaille, fissure, couvre-sol (plante indigène du Québec)


Lewisia cotyledon

HAUT : 15-30 cm
COULEUR : rose, blanc, juin-juillet
LUMIÈRE : soleil en zone : 3-7
SOL : pauvre, drainé
USAGES : rocaille, auge, crevasse, muret


Il est aussi possible de varier la composition du mélange standard pour s’adapter aux besoins particuliers de certaines plantes. Dans un sol composé de 50% de gravier, 33% d’humus et 17% de compost pousse, en plein soleil, les saxifrages à feuillage incrusté :


Saxifraga canis-dalmatica

HAUT : 5-10 cm
COULEUR : blanc, avec de nombreux points rouge, mai-juin
LUMIÈRE : à la mi-ombre en zone : 2-7
SOL : humide, humifère
USAGES : pré alpin, auge, muret, tuf


Saxifraga longifolia

HAUT : 10-60 cm
COULEUR : blanc, mai-juin
LUMIÈRE : au soleil en zone : 3-7
SOL : calcicole, graveleux, drainé, sec ou pauvre
USAGES : rocaille, éboulis, contenant, auge, fissure, couvre-sol
 et, à l’ombre, la saxifrage à rosettes charnues (Saxifraga cuneifolia).


Saxifraga cuneifolia

HAUT : 10-15 cm
COULEUR : blanc, mai-juin
LUMIÈRE : à l’ombre en zone : 3-8
SOL : graveleux, acide et/ou humifère
USAGES : rocaille, crevasse, couvre-sol

Pourquoi utiliser les plantes alpines?

Le but recherché lors de la plantation d’une auge est de créer un petit paysage. Pour se faire, on utilise des plantes qui poussent à différents moments de l’année.

Bien des avantages Les auges étant constituées en grande partie de matériaux naturels, mousses et lichens s’installent sur des parois extérieures en moins d’un an. Rapidement, le jardin miniature ainsi créé peut être déplacé à volonté, au gré de la floraison des plantes. Un grand avantage de la plantation des plantes alpines en auge réside dans leur permanence et dans leur peu d’entretien. Pour plus de sortes de plantes alpines à utiliser en auge, consultez une liste plus complète l’encyclopédie des alpines au Québec

Bibliographie :

M Larochelle, mai 1996, Un paysage miniature, dans Fleurs, plantes et jardins.


M Larochelle, 2018, Base de données, plus de 600 plantes alpines adaptées à la culture au Québec, édition personnelle

Autres références :

visitez le kiosque de la SPARQ au rendez-vous horticole qui a lieu au Jardin botanique de Montréal la dernière fin de semaine de mai. Échantillons d’auges, vides ou plantées, conseils précieux d’experts…

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